EXPOSÉ PRÉSENTÉ PAR Le Professeur MESSI NDOGO MARIE-LOUISE INSPECTEUR GÉNÉRAL CHEF DE LA CELLULE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
SUR LA CORRUPTION
EXPOSÉ PRÉSENTÉ PAR
Le Professeur MESSI NDOGO MARIE-LOUISE
INSPECTEUR GÉNÉRAL
CHEF DE LA CELLULE DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
CAMPAGNE DE SENSIBILISATION DES SERVICES CENTRAUX
Yaoundé, le 27 janvier 2010
Madame la Ministre,
il n’y a que quelques semaines que la Cellule de Lutte contre la Corruption a été installée par vous-même, et nous mesurons l’honneur qui nous est fait et l’intérêt qui est porté à notre mission puisque vous voici de nouveau parmi nous. L’ensemble de vos collaborateurs, membres aussi bien internes que plus distanciés de cette instance saluent cet accompagnement diligent dont vous les gratifiez et qui est aussi une grande marque d’estime. Vous nous avez accordé votre confiance, et ce matin, vous continuez de nous couver à l’occasion de notre toute première sortie sur le terrain, notre première activité visible qui voudrait s’inscrire dans le prolongement de la 6e Journée Mondiale des Nations Unies contre la Corruption célébrée le 09 décembre dernier. Sous vos auspices, il n’y aura pas de leçon magistrale, nous espérons initier une conversation avec les collaborateurs des services centraux ici rassemblés, et surtout parler sans langue de bois.
Pour ce qui est de cette commémoration,
l’organisation des Nations Unies a pris le parti de mettre chacun devant ses responsabilités sur le mode de la dramatisation par la mise en garde : « Ne laissons pas la corruption tuer le développement», tel est le thème retenu, une injonction que nous pourrions compléter ainsi : car l’absence de corruption est le ferment du développement. De manière collective, aucune négligence n’est tolérable, chacun de sa position doit s’interdire de laisser passer et de laisser faire ; il est dès lors urgent de se serrer les coudes pour faire ensemble barrage à la corruption et créer le développement grâce auquel personne n’est plus pris en otage ; au contraire tout le monde en sort gagnant, car c’est lui le garant de l’épanouissement individuel et collectif. La lutte contre la corruption apparaît ainsi comme un impératif catégorique. Il importe de désamorcer par tous les moyens cette arme de destruction massive du développement et du progrès, elle qui efface les efforts du passé, stérilise le présent et anéantit l’espoir et l’avenir.
Dans sa nationalisation de cette exhortation mondiale, le Cameroun,
par la voix de la Commission Nationale Anti-corruption (CONAC), n’a voulu retenir que les principes en identifiant son propre angle d’attaque : « Réhabilitation de l’éducation à l’intégrité». L’on peut se poser la question de savoir si nous ne sommes pas hors du sujet, si nous parlons effectivement de la même chose ? N’y a-t-il pas dissonance ? N’y a-t-il pas discordance ? Cette orientation domestique ne serait-elle pas une dérobade, une volonté délibérée d’édulcorer la dure réalité, bref un prétexte pour se voiler la face ? Madame Priso Thérèse, membre de la Cellule de Lutte contre la Corruption, se chargera tout à l’heure de nous entretenir de manière plus spécifique sur ce sujet.
Pour notre part, nous retiendrons surtout que la CONAC qui, à l’occasion, a initié un certain nombre d’activités (deux rencontres sectorielles, l’une avec les chefs des cellules ministérielles de lutte contre la corruption, l’autre avec les partenaires de la société civile, une table-ronde télévisée sur le thème et la célébration proprement dite, marquée par un message fort de son Président) s’est adossé sur le Plan Gouvernemental de Lutte contre la Corruption, et a invité les chefs de cellules à s’en approprier définitivement et à l’adopter comme outil théorique et méthodologique. Y sont prévues notamment des mesures à court et à moyen terme en faveur des agents publics, sans compter que son application est propre à améliorer sensiblement les conditions de vie et de travail desdits personnels. Le gouvernement y anticipe nombre d’incertitudes et énonce des orientations qui tardent peut-être à être mises en œuvre. Pour tout dire, cet outil identifie un certain nombre de mesures pratiques, applicables à court et à moyen terme. Les mesures à court terme concernent :
- la gestion des ressources humaines partant du recrutement des personnels de l’état aux sanctions en passant par la gestion des carrières, la revalorisation du pouvoir d’achat des agents publics, les primes, récompenses et encouragements, le contrôle et la surveillance des services et des personnels ;
- les procédures administratives ;
- la déconcentration et décentralisation des pouvoirs de décision ;
- la mise en place de la réforme des institutions ;
- la restauration de l’autorité de l’État ;
- la sensibilisation des populations qui doivent être intimement associées à cette entreprise. À cet égard, l’action de sensibilisation devrait également toucher les partenaires primaires : responsables d’associations et prestataires de services.
Les mesures à moyen terme quant à elles portent sur :
- la gestion des ressources humaines ;
- la coopération internationale ;
- la décentralisation des pouvoirs de décision ;
- le renforcement de l’état de droit ;
- la sensibilisation des populations.
À nous donc, Cellule de Lutte contre la Corruption, du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, la redoutable mission de distribuer les bons et les mauvais points. Ce que nous nous engageons à faire sans état d’âme, mais non sans objectivité.
MAIS AU FAIT, QU’ENTENDONS-NOUS PAR CORRUPTION ?
Ce concept comporte de multiples visages et on peut même dire qu’il est mutant. D’une manière globale, c’est une pratique obscure et essentiellement néfaste. Dans le service public, la corruption est ainsi apparue d’une façon banalisée et communément acceptée comme la fâcheuse habitude d’amener l’usager à payer indûment, de préférence en espèces, parfois aussi en nature, pour des services auxquels il veut prétendre, services pour lesquels l’État rétribue régulièrement ses agents. Pour ces derniers, elle constitue un moyen de pression infaillible sur le client potentiel, transformé en proie, au détriment duquel on détourne sans scrupule la puissance publique. Elle signifie presque toujours le fait d’exiger une contrepartie en espèces et/ou en nature en échange d’un service réputé gratuit.