|
DISCOURS DU MINISTRE : LUTTE CONTRE LA VIOLENCE A L’EGARD DES FEMMES
Version PDF du discours
- Madame le Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Enseignements Secondaires ;
- Monsieur le Chargé d’Affaires de l’Ambassade de la République Arabe d’Egypte au Cameroun ;
- Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et des Organismes Internationaux ;
- Monsieur le Préfet du Département de la MEFOU et AFAMBA ;
- Monsieur le Sous-préfet de l’Arrondissement d’AWAE ;
- Mesdames et Messieurs les Représentants des Ministres ;
- Honorables Membres de la Représentation Nationale ;
- Monsieur le Maire de la Commune d’AWAE ;
- Dignitaires, Autorités Politiques, Traditionnelles et Religieuses présentes en ces lieux ;
- Mesdames les Présidentes d’Associations et Réseaux d’Associations d’encadrement des Femmes et des Familles ;
- Femmes et Familles venues des quatre coins du pays ;
- Populations de la MEFOU et AFAMBA ;
- Distingués Invités ;
- Mesdames, Messieurs,
C’est pour moi un réel plaisir de me retrouver aujourd’hui, dans cette belle ville d’AWAE, ville-carrefour hospitalière où des voyageurs de provenances diverses marquent généralement un arrêt pour se relaxer et reprendre la route vers de multiples destinations : le Grand Nord, l’Est, le Centre, le Sud et les pays voisins tels que la République Centrafricaine et le Tchad.
L’événement qui nous rassemble ici me donne l’opportunité de vous transmettre le salut maternel et affectueux de la Première Dame du Cameroun, que les souffrances physiques ou morales de toutes les femmes camerounaises touchent et préoccupent au plus haut point. Son sourire adoucit les blessures de nos âmes et son tableau ci-contre montre sa détermination à lutter activement contre les souffrances, les violences.
Permettez-moi ensuite de remercier Madame la Représentante des Réseaux d’Associations ainsi que Monsieur le Maire de la Commune d’AWAE pour les paroles courtoises et chaleureuses qu’ils viennent de prononcer à mon endroit et à celui de la délégation qui m’accompagne et pour l’accueil distingué qu’ils nous ont réservé.
Je voudrais en outre remercier toutes les autorités administratives, traditionnelles, politiques et religieuses pour la qualité de l’organisation et l’accueil chaleureux qui m’a été réservé. Merci de m’inviter à prendre intimement contact avec votre active et utile cité. J’exprime mon attachement aux militantes et militants de notre parti ; particulièrement aux Présidents et Présidente de Sections pour leur disponibilité, leur générosité et l’attention qu’ils portent à la protection de la famille.
Merci également à vous tous ici rassemblés, qui avez bravé les intempéries et les longues distances, pour honorer de votre présence cette cérémonie de plaidoyer collectif.
Je voudrais enfin exprimer la gratitude du Gouvernement Camerounais à l’endroit de l’UNIFEM, pour l’appui multiforme qu’elle nous a apporté dans le cadre de la présente célébration.
Je vais vous prier d’observer une minute de silence pour toutes les femmes qui ont connu une fin prématurée et que la violence a terrassée en silence, accablant de détresse ceux dont l’affection restera à jamais meurtrie.
(Minute de silence)
Mesdames, Messieurs,
Chaque année, du 25 novembre au 10 décembre, la Communauté Internationale se penche sur le phénomène récurrent que constituent les violences à l’égard de la femme.
Les seize jours d’activités contre les violences faites aux femmes tirent leur origine de la première conférence du Women’s Global Leadership Institute, tenue en 1991 aux Etats-Unis. Les participants avaient alors choisi la période du 25 novembre (Journée Internationale de lutte contre la Violence à l’Egard des Femmes) au 10 décembre (Journée Internationale des Droits de l’Homme), pour montrer que la violence à l’égard de la femme constitue une violation des droits humains.
Cette période met également en relief d’autres dates significatives, à savoir :
- 29 novembre, Journée Internationale des Femmes Défenseurs des Droits Humains,
- 1er décembre, Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA,
- 06 décembre, anniversaire du massacre de 14 étudiantes de l’Université de Montréal, tuées par un jeune homme qui leur reprochait d’être la cause de son échec au concours d’entrée à l’école polytechnique.
Cette année, le thème retenu pour la célébration est « Demander la Mise en Œuvre, Défier les Obstacles : Finissons-en avec la Violence Faite aux Femmes ».
En effet, la Déclaration sur l’Elimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1993, définit la violence comme « tout acte dirigé contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou privée ».
La violence faite à la femme dans la sphère publique ou privée, peut être physique, sexuelle, économique, psychologique ou morale. Elle se traduit par un sentiment de propriété du corps et de l’esprit des femmes, et les touche toutes, quelle que soit leur origine ou leur occupation. Elle est intégrée comme norme de gestion par nos cultures et traditions, et englobe :
- Les mutilations génitales féminines ;
- La prostitution ;
- Les bastonnades ;
- Le harcèlement sexuel et l’intimidation en milieu professionnel, scolaire ou autre ;
- L’exclusion des droits de succession de la veuve ou des filles ;
- Les rites de veuvage dégradants, le lévirat, le sororat ;
- Les mariages précoces ou forcés, le rapt, le trafic et l’exploitation domestique ou sexuelle des jeunes filles ;
- L’abandon des familles ;
- Les contaminations volontaires, le refus du port de préservatif ;
- Le concubinage ;
- Les partenaires trop « prévenants », répondant à la place de la femme ;
- La violence verbale ;
- L’exploitation du corps de la jeune fille par les artistes et les média qui légitiment ainsi l’indécence vestimentaire ;
- Le contrôle des revenus de la femme ;
- Le tourisme sexuel, les déviances et autres sévices imposés à la jeune fille, notamment la prostitution forcée ;
- Les avortements forcés ;
- Les meurtres ;
- Les images publicitaires, les clips vidéo féminins ayant un caractère humiliant ou discriminatoire ;
- L’invisibilité du travail, les humiliations ;
- La jeune fille, trompée par les promesses fallacieuses...
Les femmes battues n’osent pas révéler leur calvaire et certaines en meurent. Quant aux obstacles, ils sont de plusieurs types :
- Le manque d’estime ;
- Les tabous culturels, ces discriminations qui perdurent, érigées en normes de la société ;
- Le niveau d’information insuffisant des hommes et des femmes sur le phénomène des violences et ses conséquences ;
- Les mentalités et les pratiques traditionnelles ;
- Le refus des valeurs, la violence est jugée acceptable par la tradition qui excuse les hommes violents ;
- Le non respect de la différence ;
- La pression de l’opinion, les femmes sont piégées ;
- La peur des représailles, réduisant les femmes au silence ;
- L’aliénation face aux intérêts financiers, la peur de se retrouver en grande précarité ou de perdre ses enfants.
Mesdames, Messieurs,
Les filles et les femmes, même enceintes ou handicapées, sont régulièrement victimes d’agressions, souvent graves, prolongées ou répétées. L’auteur est souvent connu, proche de la victime. Dans le monde, les statistiques montrent qu’au moins une femme sur cinq a subi, au cours de sa vie, des sévices corporels ou sexuels perpétrés par un ou plusieurs individus.
De manière spécifique, quatre types de violences ont retenu l’attention du Gouvernement du Cameroun dans le cadre de la présente célébration. Il s’agit notamment :
- des rites de veuvage dégradants,
- des mutilations génitales féminines,
- de la prostitution,
- des violences politiques.
Pour ce qui est des rites de veuvage dégradants, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la famille enregistre chaque jour de nombreuses demandes d’interventions individuelles des veuves. Elles se plaignent particulièrement d’être victimes d’atrocités corporelles ; d’abus de toutes sortes tels que l’exclusion des successions, le refus de tenue des conseils de famille. A ces plaintes, il faut ajouter les lenteurs administratives observées dans le traitement des dossiers de pension de réversion, un long combat pour lequel la veuve doit rassembler toutes ses énergies.
Au plan corporel, elles dénoncent certains rites de veuvage portant atteinte à l’intégrité physique des personnes et des mauvais traitements consécutifs à la perte de leurs époux. Certaines se sont élevées contre quelques unes de ces pratiques qui de plus en plus perdent leur caractère symbolique et purificatoire. Dans certains cas, l’on assiste à de véritables représailles, au gré des relations entretenues avec la belle-famille du conjoint. Les rites prennent de plus en plus un caractère expiatoire.
Au plan matériel, la situation est également préoccupante. Dans la plupart des groupes sociaux du pays, la femme ne peut pas être propriétaire de biens. A la limite, elle est même considérée comme faisant partie du patrimoine de la famille et de ce fait, n’a pas droit à la succession. Elle doit épouser un autre membre de la même famille, même sans son consentement. Le titre foncier demeure un rêve inaccessible pour certaines.
S’agissant particulièrement des Mutilations Génitales Féminines, elles sont définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme « toute intervention incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins et/ou toute intervention pratiquée sur les organes génitaux féminins pour une raison non médicale ». Encore appelée circoncision féminine, elles constituent une pratique dangereuse sur le plan médical et discriminatoire sur le plan social à l’égard des femmes.
Les Mutilations Génitales Féminines réduisent les femmes et les contraignent à accepter cette position d’infériorité qui leur a toujours été imposée au sein de la famille et de la société. Pratiques à la limite honteuses, elles portent atteinte à l’intégrité physique, allant ainsi à l’encontre de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité ».
Il est inconcevable qu’au XXIème siècle, des petites filles et des femmes continuent d’être mutilées quotidiennement dans de nombreux pays. Les Mutilations Génitales Féminines causent de nombreux traumatismes, laissent la femme affaiblie, désemparée et diminuée. Cela nous semble inacceptable.
Mesdames, Messieurs,
Au Cameroun, la pratique des Mutilations Génitales Féminines est plus répandue qu’on ne l’imagine. Le phénomène est plus accentué dans les provinces de l’Extrême-Nord et du Sud-Ouest. Il sévit de façon marginale dans la Province de l’Est et dans quelques quartiers de Yaoundé.
La prostitution quant à elle, est un phénomène rampant, qui prend de plus en plus de l’ampleur et des formes insidieuses. Elle est perçue comme « l’échange de tout acte sexuel contre de l’argent, un objet ou un service qui a une valeur marchande ».
Elle est malheureusement cautionnée par les hommes qui y poussent leurs enfants, et parfois leurs épouses. Il n’est plus surprenant de nos jours, que dès l’âge de quatorze ans, une jeune fille se retrouve dans la rue.
Au niveau scolaire et universitaire, il est de plus en plus question dans le langage courant, de notes sexuellement transmissibles aux élèves et étudiantes, par ceux-là même sensés les éduquer. Des témoignages concordants, il ressort que les forces de l’ordre encouragent le racolage, prélèvent des taxes journalières par secteur, violent les filles et les violentent, parfois en groupe.
En effet, loin d’être un accident de parcours, la violence est au cœur même du monde prostitutionnel. La prostitution est en soi une violence, un lieu de violence, un système producteur de violence. L’utilisation de l’être humain comme marchandise anonyme, la négation de la personne, la déshumanisation de la sexualité, sont des manifestations d’une violence qui passe inaperçue.
La prostitution devient ainsi une suite de contraintes qui constituent en elles-mêmes des violences profondément inscrites au plan psychique : elle bafoue le droit à l’intégrité du corps, force la personne à se vendre pour survivre. Elle rend acceptables, parce qu’il y a paiement, des actes qui, dans tout autre contexte, seraient répréhensibles au regard de la loi. Se prostituer c’est au sens propre, se faire violence.
En définitive, dans ce milieu, humiliations et mauvais traitements sont quotidiens et personne n’en parle.
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi de stigmatiser cette autre forme de violence que subissent nos mères, nos sœurs, nos filles lors des différentes compétitions politiques. Celle-ci se caractérise par la non prise en compte des aspirations des femmes et quelques fois par le refus d’appliquer les orientations gouvernementales en ce qui concerne la participation des femmes à la prise de décision en général, et à la représentativité aux postes électifs en particulier.
Mesdames, Messieurs,
Le Gouvernement de la République, fidèle à ses engagements de promotion du bien-être de tous les citoyens, ne ménage aucun effort pour impulser et mettre en œuvre des actions visant à prévenir les violences. Dans cette optique, il a mis en place des mécanismes de soutien aux victimes, un cadre juridique approprié et a ratifié les instruments internationaux de droits humains en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.
En ce qui concerne la prévention de la violence, l’éducation des enfants, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille développe des projets liés à l’éducation prénuptiale et matrimoniale, notamment la préparation des fiancés au mariage, l’organisation des campagnes de sensibilisation en faveur des couples vivant en union libre, en vue de la légalisation de leur union ; l’organisation de campagnes de promotion des droits de la femme et de la famille ; la promotion du genre.
Pour ce qui est du soutien aux femmes victimes d’actes de violence, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille mène des activités telles que :
- L’écoute, le conseil familial et la médiation conjugale ;
- Les causeries éducatives sur la sexualité et les communications au sein des couples ;
- Le conseil juridique ;
- L’organisation des veuves en associations, en vue de la protection de leurs droits ;
- La réinsertion socio-économique et professionnelle des jeunes dans le cadre des activités des centres de promotion de la femme et de la famille ;
- L’encadrement des filles libres en associations pour favoriser leur autonomisation ;
- La mise en service prochaine d’un numéro de téléphone « vert » pour l’assistance aux femmes en détresse ;
- La mise en fonctionnement au cours de l’exercice 2008, d’un dispositif d’hébergement destiné à l’accueil des femmes violentées et en détresse ;
- Un partenariat avec la diaspora dans l’assainissement du cybermariage.
Quant à la ratification des instruments internationaux, le Cameroun est signataire de différentes conventions et accords. Nous évoquerons, entre autres :
- La Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF, 1979) ;
- La Déclaration sur l’Elimination de la Violence à l’Egard des Femmes (DEDAW, 1993) ;
- La Déclaration et le Programme d’Action de Beijing (1995) ;
- Le statut de la Cour Pénale Internationale (Statut de Rome, 1988) ;
- La Déclaration du Millénaire (2000) ; et
- La Résolution 1325 du Conseil de Sécurité sur les Femmes, la Paix et la Sécurité (2000).
Enfin, il faut se féliciter de la promulgation du Nouveau Code de Procédures Pénales qui exige désormais l’assistance d’un conseil pour la victime. Il faut également noter que différents projets de lois relatifs aux violences faites aux femmes et au Code des Personnes et de la Famille sont en très bonne voie de finalisation.
Mesdames, Messieurs
Au regard de ce qui précède, j’invite les femmes à briser le silence, à s’accorder le droit de dire non à tout ce qu’elles ne veulent plus, à aimer leur corps et à en prendre soin.
Brisons le silence, dénonçons la violence, la honte doit changer de camp. Femme, reprends confiance en toi, n’entretiens pas le silence.
J’exhorte les parents, non seulement au respect et à l’application du planning familial, mais également au partage des responsabilités dans l’éducation des enfants, au dialogue familial. Les parents doivent initier le petit garçon dès le bas âge, au respect de la différence, l’écartant déjà de tout complexe de supériorité.
A tous les hommes ici présents, je voudrais dire de penser à la tendresse dont les femmes vous entourent, aux bonheurs et aux succès que vous leur devez, à la fonction sublime qui leur revient dans la société, à nos enfants, à notre race, pour plutôt les entourer de protection, d’admiration et de respect.
Mesdames, Messieurs,
Je ne saurais terminer mon propos sans interpeller nos partenaires sociaux, les autorités traditionnelles et religieuses, les Organisations Non Gouvernementales et associations et surtout vous les hommes, impliquez-vous dans la lutte acharnée contre les violences faites aux femmes. Cette implication commence par le respect des valeurs sociales et familiales telles que l’amour, la fidélité, le dialogue, le respect de la personne et de la vie humaine, la solidarité, le partage, la tolérance, la paix ; gage d’une société juste et harmonieuse.
Dieu créa la femme en la tirant du côté de l’homme. La femme que Dieu crée est bien de même nature que lui, de même dignité. Elle est construite comme une tour, à partir d’un plan d’architecte, comme ce que Dieu a fait, élaboré de mieux.
- Vive les vaillantes populations de la Mefou et Afamba,
- Vive la femme,
- Vive la coopération,
- Vive le Cameroun, notre beau pays, et son illustre Chef, j’ai nommé, Son Excellence Monsieur Paul BIYA.
Je vous remercie.
Version PDF du discours
|